J’ai assisté dans mon village à une réunion comme j’en appelle de mes vœux. Je remercie d’ailleurs la mairesse de l’avoir organisée. Celle-ci s’intitule « Café-causerie de la mairesse ».
L’objectif est simple : permettre des discussions ouvertes en groupe avec les élues et les élus pour aborder les différents enjeux du village. Cela devrait être la norme, même si je suis bien conscient que c’est plus facile à mettre en place dans un petit village qu’à Montréal.
Pourquoi est-ce si important ? Parce que le lien entre les élus et la population est en train de se rompre. Aujourd’hui, assister à un conseil municipal, c’est bien souvent se contenter d’écouter des décisions déjà prises. Les réflexions qui mènent à ces décisions se font essentiellement derrière des portes closes, sous la pression des MRC, qui servent de courroies de transmission entre le gouvernement et les municipalités.
Deux réflexions sont ressorties de cette événement.
D’abord, si l’on veut de la démocratie, il faut travailler avec les gens tels qu’ils sont, et ce n’est pas toujours facile. Nous avons peu appris dans nos vies à débattre, à partager nos opinions sans prendre toute la place, sans nous répéter, sans considérer une opinion différente comme une attaque personnelle, etc.
Ce n’est clairement pas facile, mais c’est absolument nécessaire. La pratique crée la compétence. Merci à tous ceux qui se sont prêtés à l’exercice et un merci particulier à la mairesse qui l’a organisé.
Beaucoup de règlements sont imposés à la population sans que celle-ci soit consultée. Pour exemple, voir le billet : 250 000 $ d’amende pour une maison pas assez belle, la municipalité de Wotton en route vers une dérive autoritaire ?
Les citoyens, qui ont élu leurs conseils municipaux, n’en ont généralement jamais entendu parler pendant les campagnes électorales. Je parle ici de manière générale, et non de ma municipalité. Et en effet, la plupart des élus n’en avaient eux-mêmes jamais entendu parler avant d’être élus. Ce n’est qu’une fois en poste qu’ils découvrent qu’ils doivent appliquer telle ou telle mesure exigée par les MRC et par toute une série d’organismes dont les municipalités sont membres par défaut.
Résultat : les tensions montent entre les citoyens et les élus, qui se sentent souvent coincés entre l’arbre et l’écorce. La suite logique est qu’ils passent plus de temps avec les MRC et autres instances et moins avec les citoyens. Conséquence : de plus en plus d’élus municipaux jettent l’éponge, et on adopte des lois pour « protéger » les élus.
La solution ? Faire l’inverse : passer plus de temps avec les citoyens et discuter des enjeux en amont, dans des cadres plus ou moins formels. Si les élus n’ont pas le choix, les citoyens doivent le savoir. Et les élus seront bien plus forts face à ces demandes lorsqu’ils se sentiront appuyés par la population.
Ma deuxième réflexion est directement liée au titre de ce billet.
Le monde dans lequel nous vivons est en train de se paralyser à cause des règlements. Je l’avais déjà constaté lors de ma campagne aux élections provinciales. Exemple : une maison des jeunes comptait une pièce inaccessible. Pourquoi ? Parce qu’il manquait quelques pouces en largeur à la volée d’un escalier. Ce bâtiment, construit bien avant les règlements actuels, avait le malheur de ne pas les respecter. Les marches n’étaient pas dangereuses, elles étaient simplement un peu moins larges que la norme.
Pour les agrandir (sans que cela change quoi que ce soit à leur usage réel), il fallait déplacer une porte. Pour déplacer la porte, il fallait déplacer l’électricité. Et attention : on est dans le municipal, donc pas question de faire appel à quelques parents compétents. Il faut lancer un appel d’offres. La pauvre animatrice, qui passe déjà un tiers de son temps à remplir de la paperasse, aurait dû y consacrer le reste de son temps et tout son budget pour gagner deux pouces de marches. Même le maire ne pouvait pas signer une clause de droits acquis du type : « C’est sécuritaire, ça date d’avant le règlement, on passe l’éponge. »
C’était le refrain de la réunion : on ne peut plus bouger, tout est soit impossible, soit beaucoup trop cher à cause des règlements.
Alors, comment s’en sortir ? Faut-il renoncer et dire que les projets portés par les citoyens et les collectivités, c’est fini ?
J’ai une proposition : et si on commençait à évaluer les effets réels des règlements ? Tout le monde est pour la tarte aux pommes ! Tous les règlements sont faits pour le « bien », comme l’enfer qui est pavé de bonnes intentions.
Je reprends un concept qui existe dans la plupart des entreprises : les indicateurs de performance. Tout nouveau règlement devrait obligatoirement comporter les bénéfices attendus et les inconvénients anticipés. Par exemple, un règlement visant à limiter les incendies devrait indiquer les statistiques des dernières années ainsi que le nombre d’incendies que l’on souhaite éviter. Il devrait aussi mentionner les inconvénients prévus (perte de liberté, coûts, etc.). Après un an, si les objectifs ne sont pas atteints, le règlement devrait être automatiquement amendé ou abrogé. Et chaque amendement ne lui donnerait qu’une année supplémentaire pour faire ses preuves.
Enfin, des objectifs clairs permettraient de créer un véritable espace pour l’intelligence collective : les citoyens pourraient alors proposer des solutions qui atteignent les mêmes objectifs, mais mieux et avec moins d’inconvénients.
Voilà ma proposition pour sortir du mille-feuille réglementaire qui paralyse notre société.
Ce n’est pas LA solution, seulement une proposition qui mérite d’être améliorée par l’intelligence collective.
C’est le genre de réflexions sur lesquelles nous travaillons au mouvement localiste. Vous êtes tous les bienvenus pour réfléchir avec nous à la façon de nous construire collectivement un monde où il fait bon vivre !
