Le Comptoir St-Vrac à Saint-Adrien : l’épicerie participative qui redéfinit la souveraineté alimentaire locale

Le Comptoir St-Vrac à Saint-Adrien : l’épicerie participative qui redéfinit la souveraineté alimentaire locale

Si le Mouvement localiste du Québec s’intéresse au Comptoir St-Vrac, ce n’est pas uniquement pour mettre un coup de projecteur sur une épicerie de village indépendante très appréciée de ses clients, mais surtout pour présenter un commerce qui incarne à merveille la notion de localisme et qui a réussi à développer un modèle d’affaires à la fois fonctionnel et capable de redonner du pouvoir aux communautés.

Une épicerie régénérative et participative

Fondateurs
Conrad Goulet et Pierre Robichaud, co-fondateurs du Comptoir St-Vrac

C’est en juillet 2019 que Pierre Robichaud et Conrad Goulet lancent officiellement à Saint-Adrien (canton de Ham-Nord) le Comptoir St-Vrac, comme un garde-manger souverain inspiré du Chaînon, un projet de garde-manger communautaire auto-géré qui a suivi Conrad et ses collaborateurs dans les quelques communautés où il a habité.

La régénération est au cœur de la mission du St-Vrac. « On régénère nos relations, notre économie, nos liens, mais aussi notre confiance, explique Pierre Robichaud. On ramène aussi du sens en ayant chaque jour un impact positif sur notre écosystème ».

Et quand l’entrepreneur utilise le terme « écosystème », c’est tout sauf une posture marketing car le fonctionnement de cette épicerie ressemble effectivement à un véritable système vivant et autonome qui redonne un rôle à la communauté. « Au lieu d’être dans une économie extractive des ressources, une économie qui transforme les gens en consommateurs passifs, nous pensons qu’il y a peut-être un autre modèle à trouver au sein duquel le consommateur peut jouer un rôle actif, explique Pierre Robichaud. Dans un système sain, on parle de leadership dynamique dans le sens où la communauté, les clients-adhérents, deviennent des acteurs qui s’impliquent concrètement. »

Une autre singularité de cette épicerie, c’est la notion de confiance. Au St-Vrac, les membres préalablement validés et détenteurs d’une clé RFID d’ouverture du magasin, peuvent ainsi venir faire leur épicerie 24h/24, 7 jours sur 7.

Prônant la responsabilisation et l'implication de leurs membres, les deux co-propriétaires principaux encouragent les gens à mettre la main à la pâte. Plusieurs tâches dans l’épicerie sont en effet accomplies directement par les membres en échange d’un crédit sur leur compte client. « Les membres s’approprient l’épicerie, résume Conrad Goulet. Le but, à long terme, c’est qu’ils deviennent actionnaires du St-Vrac ».

« Nous ne cherchons pas à être “plus gros”, nous cherchons à être plus utiles, plus cohérents, et plus résilients et pour ça nous travaillons de façon décentralisée et essayons de tendre vers un réseau distribué et constitué d’acteurs qui travaillent ensemble », précise Pierre Robichaud.

Du vrac, de la confiance et de l’autonomie

Avec un tel nom, on ne surprendra personne en indiquant qu’on trouve au St-Vrac… des produits en vrac ! « Oui, mais encore, ce n’est pas nouveau, qu’y a-t-il de plus ? » peut-on légitimement se demander ?

Eh bien ce qu’il y a de plus, c’est notamment la façon dont le St-Vrac s’approvisionne : en privilégiant les circuits courts, en faisant des achats groupés et en entretenant le dialogue et des relations directes avec les producteurs locaux qui sont notamment accompagnés pour faire une transition vers le zéro déchet. Notons au passage que l’équipe du St-Vrac développe ses propres outils comme sa plateforme transactionnelle et sa propre monnaie.

Achats

Le Saint-Dollar, une monnaie communautaire

Pour payer, plusieurs options sont offertes aux clients. Le dollar canadien est évidemment accepté, mais il est aussi possible d’utiliser le Saint-Dollar, une monnaie interne au Comptoir St-Vrac (pairée à la devise canadienne). « C’est une façon concrète de ne pas donner 3% des transactions à des acteurs comme Visa ou Mastercard, dit Pierre Robichaud. L’argent reste dans la communauté et reconnecte concrètement la communauté à son pouvoir alimentaire. »

Des produits qui font du sens

Les produits que l’on trouve sur les étagères du St-Vrac ne sont pas choisis par hasard. « On fonctionne toujours en partant des besoins exprimés par nos membres clients, en privilégiant l’accessibilité au produit, continue Pierre Robichaud. Les produits sont donc ajoutés en fonction des demandes des clients. Quand il y a assez de demandes, on essaye de trouver ces produits. »

Et quand vient le temps de trouver les produits, la notion de localisme prend tout son sens. Au-delà de la qualité des items proposés, leur provenance est primordiale. « On ne se définit pas comme une épicerie santé et biologique, dit l'entrepreneur. Même si la plupart des produits sont en effet bio, ce qui nous préoccupe avant tout, c’est d’être à l’écoute des producteurs et de faire les choix les plus cohérents en fonction de nos valeurs ainsi que des besoins de la communauté. »

Concrètement, le St-Vrac favorise les petits producteurs et refuse les ententes d’exclusivité. « Malheureusement, beaucoup de petits producteurs ont fermé à cause de ces ententes d’exclusivité car ils perdaient de la résilience, lance Pierre Robichaud. C’est ce qu’on appelle la désintermédiation. En supprimant les intermédiaires, la valeur ajoutée se retrouve au niveau local et est donc bénéfique pour le producteur. »

Ne vous étonnez donc pas de trouver au St-Vrac du tofu en provenance de Sherbrooke, des produits non-alimentaires (pâte à dents, shampooings, savons) venus des villages voisins et des vins et cidres bio sélectionnés par un des membres, sommelier de son état. Tout au long de l’année, les membres peuvent participer à des activités de groupe comme la production de kimchi, des soirées thématiques, ou des célébrations du terroir organisées en collaboration avec d’autres organisations locales.

Courge

Traçabilité et transparence

Un autre enjeu de l’épicerie est de proposer à ses clients une transparence totale de la chaîne alimentaire. On trouve ainsi sur chaque produit, quand cela est possible, toutes les informations concernant le distributeur, l’importateur ou encore le producteur. « On ne pourra jamais être 100% local, mais on peut au moins afficher le maximum de traçabilité et de transparence », explique le co-propriétaire du St-Vrac.

De nombreux produits sortent de la cuisine participative du St-Vrac et là encore, la transparence est appréciée des membres qui peuvent connaître précisément la provenance des ingrédients et même des semences utilisées dans les différentes préparations.

Palette

Un modèle participatif à l’écoute de sa communauté

Depuis que le St-Vrac a ouvert ses portes, il y a une véritable dynamique de groupe qui s’est créée au village. « Nous prônons un modèle participatif via des rencontres et des ateliers de travail qu’on organise régulièrement afin que les gens s’expriment et agissent comme co-créateurs, déclare Pierre Robichaud. Je crois en l’intelligence collective et à un modèle qui permette de redonner le pouvoir aux gens ».

Bien plus qu’un commerce alimentaire, le St-Vrac est selon lui une forme d’action politique. « Il faut prendre conscience que les choix alimentaires que l’on fait ont un impact économique très concret. Nous sommes donc tous de potentiels acteurs de changement. »

Remettre le terroir au milieu de l’assiette

Pour Pierre Robichaud, travailler avec les producteurs locaux, c’est aborder la question du terroir, une notion qui a évolué avec le temps et dont le sens originel a quelque peu été détourné. « Je suis tanné que la cuisine du terroir soit associée à quelque chose d’élitiste », résume le co-propriétaire de l’épicerie.

Le terroir, c’est redécouvrir des produits locaux et cela comprend les produits les plus simples, voire les moins usités ! Pierre et plusieurs membres de l’épicerie partent ainsi régulièrement faire de la cueillette sauvage. Parmi les herbes récoltées, il y a l’ortie, cette plante qui n’a pas forcément bonne presse auprès du grand public. « C’est une plante qui est très bonne pour la santé, qui est très abordable et qui peut être utilisée de nombreuses façons et pas uniquement dans les soupes », précise Pierre Robichaud.

Si vous allez un jour au St-Vrac, regardez du côté des produits maison, vous trouverez peut-être une quiche aux orties fraîches, 100 % locales ! « On a perdu notre gros bon sens en chemin ! Alors on a décidé de s’arrêter et de revenir cinq pas en arrière pour reprendre ce gros bon sens », conclut l’entrepreneur-cueilleur.

logo

Une source d’inspiration pour les autres villages ?

Un des objectifs du St-Vrac est de pouvoir répliquer son modèle dans d’autres villages. L’équipe s’est d’ailleurs faite engager par la municipalité de Martinville, dans la MRC de Coaticook, afin de réaliser une étude de marché. « Je suis confiant que ce modèle peut être reproduit ailleurs », indique Pierre Robichaud.

Ce service d’accompagnement sur mesure dont bénéficie Martinville fait partie des projets de développement du St-Vrac. Aider les autres municipalités à transformer leurs besoins locaux en services d’approvisionnement concrets, viables et durables fait partie de l’ADN de l’entreprise.

On soulignera également l’initiative « Oasis du Castor », un système de points de chute communautaires.

Évoquons enfin le volet
« Distribution coureur des terroirs » qui a pour double objectif « d’accélérer la commercialisation des produits régionaux (visibilité, présence, accès aux acheteurs) et de soutenir le développement des entreprises (stabilité des volumes, simplification des opérations, diminution de la friction logistique). »

Jour après jour, Pierre Robichaud, Conrad Goulet et la demi-douzaine d’employés du St-Vrac travaillent à l’élaboration d’un nouveau paradigme alimentaire qui repose, entre autres, sur un système de routes inter-terroir.

Alors qui sait, peut-être l’équipe du St-Vrac viendra-t-elle prochainement dans VOTRE épicerie locale pour l’aider à faire sa mue et à mettre dans le panier de ses clients du gros bon sens alimentaire…

Photos : © Comptoir St-Vrac

Comptoir St-Vrac
Comptoirstvrac.com
1610B, rue principale
Saint-Adrien QC J0A 1C0
Téléphone : 819-200-9386
Heures d'ouverture : jeudi et vendredi : 10h à 17h et 24 h/24, 7 j/7 pour les membres.

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