Coach en alimentation fonctionnelle, titulaire d’une maîtrise en nutrition, Valérie Dussault a depuis longtemps compris que les modèles de santé proposés par nos sociétés modernes étaient loin d’être des panacées et que faire disparaître temporairement les symptômes d’une maladie était très différent d’identifier et de supprimer la cause de ces mêmes symptômes.
Adoptant une approche hippocratique, pragmatique et intégrative, à la confluence des pratiques allopathiques et des solutions alternatives, cette experte en alimentation fonctionnelle qui n’a pas peur de déranger l’ordre établi, vient de sortir Transit : Une meilleure digestion pour une santé optimale, un livre qui nous amène à la rencontre de notre système digestif et nous explique les différentes façons d’en prendre soin.
Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Pour redonner de l’espoir aux gens ! J’ai en effet remarqué qu’il y a une sorte de fatalisme en ce qui concerne les problèmes digestifs. Certaines solutions comme la chirurgie sont mises de l’avant et certaines pistes d’explications sont négligées dans le même temps.
Quel genre de pistes ?
On oublie par exemple l’existence des bactéries, des levures, on néglige l’importance de l’alimentation qui peut littéralement créer un environnement favorable à l’apparition de levures en surcroissance, ce qui entraîne des infections. Ce que l’on mange a des conséquences très concrètes sur notre flore intestinale, ça va de l’inflammation à l'apparition de symptômes de dépression. Trop souvent le rôle des levures est négligé, les médecins disent que cela n’existe pas et que le problème est donc dans la tête des gens.
Comment présenter ce livre ?
Je l’ai écrit comme un guide que l’on peut garder sur sa table de chevet. Je prône l’autonomie et la responsabilisation. C’est à chacun de nous de prendre en main notre santé digestive.
C’est quoi la fausse croyance la plus courante en ce qui concerne le système digestif ?
Très souvent on pense que ce sont les aliments qui sont la cause de tous les problèmes alors que dans la réalité, c’est un problème de terrain. Cela dit, ce que l’on mange a évidemment aussi un rôle à jouer dans la santé intestinale.
Nous vivons dans des sociétés qui importent tous les aliments à l’année longue et notre assiette se transforme donc en un véritable aéroport. Il y a un impact souvent négligé à manger de façon internationale. Malheureusement, on a fini par oublier des notions comme celle de la saisonnalité, on ne se nourrit plus en tenant compte de la disponibilité des aliments, ni de leur provenance. Idéalement, il faudrait manger de façon plus localiste, utiliser des circuits courts, s’approvisionner auprès de producteurs de nos régions.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
L’industrie alimentaire ainsi que les positions prises par les gouvernements concernant la santé ont joué un grand rôle. Si l’on prend un des exemples les plus célèbres, celui du sucre, on comprend mieux les choses. Le scientifique américain Ancel Keys a joué un rôle majeur en popularisant l'idée fausse que les graisses saturées étaient le principal facteur alimentaire des maladies cardiaques.
Quelles ont été les conséquences ?
En blâmant les graisses animales, il a indirectement servi les intérêts de l'industrie du sucre qui a saisi l’occasion pour financer des recherches contestant le lien entre sucre et maladies cardiovasculaires. Résultat : on s’est retrouvé avec des produits transformés nocifs comme la margarine, le beurre étant identifié comme étant « méchant ». Et les gens ont fini par manger plus de sucre.
En quoi les gouvernements sont-ils responsables ?
Les décisions prises par les gouvernements ont des conséquences bien réelles. Elles orientent par exemple la façon dont est agencée la fameuse pyramide alimentaire et son guide des recommandations.
Ça bouge chez nos voisins Américain sur ce thème, c’est une bonne chose selon toi ?
Oui, Robert Kennedy Jr. fait un excellent travail en s’attaquant frontalement aux problèmes de santé publique et en proposant une pyramide alimentaire qui met notamment les légumes, les produits carnés et les bons gras tout en haut. Ce n’est pas encore le cas malheureusement au Canada. Nos instances devaient réviser le guide alimentaire pour 2025… on attend toujours !
Quelles conséquences y a-t-il quand on a un microbiote déséquilibré ?
Il y en a beaucoup mais on peut évoquer la baisse de l’immunité, l’apparition d’inflammation chronique ou encore le risque d’une contribution à des enjeux de maladies auto-immunes.
Pourquoi écris-tu dans ton livre «Je reconnais que certaines informations dans ce livre ne sont pas largement acceptées par le grand public et qu’elles feront l’objet de critiques. » ?
Disons que j’anticipe les éventuelles critiques car il existe de nombreuses options qui ne sont pas reconnues par ce qu’on appelle le consensus scientifique. J’évoquais tantôt les parasites dans l’intestin et les levures, mais il y a aussi la question des hormones par exemple. Chez la femme, on n’en tient presque jamais compte, on ne les mesure pas et on se contente de prescrire des antidépresseurs alors qu’il existe d’autres solutions. La réalité est que la qualité de notre terrain a diminué, on tolère de moins en moins les toxines.
Que peut-on faire ?
Il est important de changer notre rapport à la santé. La santé, ce n’est pas uniquement quelque chose que l’on délègue à son médecin. La santé est avant tout une question individuelle et nous en sommes tous responsables. On peut apprendre à lire son bilan sanguin par exemple, à discuter avec son médecin, à ne plus avoir peur de lui dire non quand on ressent de la pression. Il faut travailler AVEC lui.
Se responsabiliser en somme ?
Oui. La santé, c’est un continuum. Il est important de prendre conscience de notre hygiène de vie, de s’interroger sur notre consommation de café, d’alcool, d’aliments ultra transformés ou de cigarettes.
Comment parviens-tu à éveiller tes clients ?
Je cherche à leur faire obtenir un premier « effet wow ». Un petit changement, facile à mettre en place, comme prendre un peu de vinaigre de cidre de pomme avant le repas pour aider à la digestion. Quand les gens obtiennent ce premier wow, ils veulent aller à la prochaine étape et c’est alors un cercle vertueux qui se met en place. J’utilise par exemple des cétones exogènes, cela permet d’arriver en cétose plus rapidement, d’avoir une meilleure clarté mentale, de mieux récupérer et cela joue aussi sur la qualité du sommeil. C’est simple, quand on se sent mieux dans son corps, quand on est en bonne santé, on a beaucoup plus de motivation.
Sommes-nous trop fermés aux solutions alternatives ?
Je pense que nous sommes d’une certaine façon conditionnés par le système de santé allopathique, mais qu’il a actuellement une vague d’ouverture d’esprit. L’autonomie en santé, c’est aussi oser de nouvelles choses : le jeûne, les bains froids, l’usage d’huiles essentielles etc. Il ne faut pas rejeter les pratiques alternatives sous prétexte que cela n’est pas soutenu par la science. Y a-t-il eu des études scientifiques pour établir notre guide alimentaire ? Non.
Rappelons d’ailleurs qu’il y a de la science derrière des pratiques comme le jeûne, le prix Nobel de médecine attribué au professeur Ohsumi pour ses travaux sur l’autophagie le prouve bien, mais que l’industrie n’attribue pas forcément des budgets conséquents pour de tels domaines.
Effectivement. Je pense qu’il faut allier le meilleur des deux mondes, prendre les choses positives de la médecine allopathique comme l’urgentologie, les antibiotiques, les greffes ou encore la chirurgie, et intégrer des pratiques alternatives pour traiter toutes les maladies dites de civilisation (qui sont des conséquences de nos habitudes de vie) et contre lesquelles la médecine moderne demeure inefficace.
Es-tu confiante dans l’avenir en matière de santé ?
Oui, mais il faut qu’il y ait un réveil de la population et qu’on retrouve certains savoirs ancestraux. Les premières nations détiennent un formidable savoir sur les plantes sauvages et les plantes médicinales. Toutes ces connaissances n’ont jamais été vraiment intégrées.
Si tu étais Ministre de la santé, quelles seraient les trois premières recommandations que tu ferais pour améliorer la santé intestinale ?
Je recommanderais la consommation de viande rouge de qualité, une viande de pâturage élevée dans les meilleures conditions. J’encouragerais la production d’aliments pro-biotiques. Il est très facile de faire soi-même des bocaux de fermentation avec des légumes (carotte, betterave, chou concombre) qui deviennent des pro-biotiques, des alliés de taille pour la santé intestinale. Enfin, je prescrirais à tous de la vitamine D à chaque hiver.
TRANSIT : Une meilleure digestion pour une santé optimale de Valérie Dussault, aux Éditions Trécarré.


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